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Métropole Aix-Marseille-Provence : 123 millions à trouver d'ici le 28 avril, la gratuité des transports menacée

Nicolas Isnard a dix jours pour boucler le budget de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Hausse des impôts, fin de la gratuité des transports, tutelle de l'État : le compte à rebours est lancé.

Par · Rédactrice en chef

6 min de lecture

Le tramway de Marseille sur la Canebière. La gratuité pour les moins de 18 ans et plus de 65 ans est sur la sellette.
Le tramway de Marseille sur la Canebière. La gratuité pour les moins de 18 ans et plus de 65 ans est sur la sellette.Crédit : IngolfBLN / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0

Dix jours. C'est le temps qu'il reste à Nicolas Isnard pour boucler un budget à 123 millions d'euros près. Le nouveau président de la Métropole Aix-Marseille-Provence a reçu les clés d'une maison qui fuit de partout, et la note tombera ce lundi 28 avril, date butoir pour le vote du budget 2026.

Elu il y a tout juste deux semaines à la tête de l'intercommunalité, le maire LR de Salon-de-Provence pensait entrer dans la lumière. Il se retrouve surtout dans le rouge. Mercredi 16 avril, lors du premier conseil métropolitain sous sa présidence, le ton était grave. David Ytier, son vice-président aux finances, l'a résumé sans détour : « On s'attendait à des obstacles, on se heurte à un vrai mur. »

Et ce mur, il va falloir que les 92 maires de la métropole aident à le démonter. Ils se réunissent ce mardi 21 avril en conférence d'urgence à Marignane. Au menu, des choix qui fâchent.

Comment en est-on arrivé à un trou de 123 millions d'euros ?

Le déficit ne sort pas de nulle part. La Métropole encaisse deux coups en même temps.

D'abord, l'État a réduit ses dotations à hauteur de 120 millions d'euros sur deux ans, au titre des efforts demandés aux collectivités dans la loi de finances. Une saignée qui touche toutes les grandes intercommunalités françaises, mais qui percute plein fouet une structure déjà fragile.

Ensuite, le coût des transports publics s'est envolé. La hausse du prix des carburants, la revalorisation des salaires chez la RTM et les investissements sur le réseau ont creusé un surcoût de 90 millions d'euros par rapport aux prévisions initiales. À cela s'ajoutent les 10 millions d'euros annuels de la gratuité pour les moins de 18 ans et les plus de 65 ans, mise en place par l'équipe de Martine Vassal avant son départ.

Le rapport de la Chambre régionale des comptes, rendu fin 2025, avait déjà pointé 178 millions d'euros de versements aux communes jugés contestables. Nicolas Isnard refuse d'y toucher. C'est sa ligne rouge, répétée à chaque prise de parole : pas question de reprendre aux communes ce qu'elles perçoivent déjà.

La gratuité des transports en sursis

Le premier dossier qui va sauter, c'est celui auquel personne ne voulait toucher. La gratuité totale des transports pour les jeunes et les seniors, promesse-phare du précédent mandat, vit probablement ses dernières semaines.

Nicolas Isnard a lâché la bombe sans emballage : « C'était une proposition faite quand la réalité des chiffres n'était pas connue. Tout le monde veut de la gratuité, mais à un moment c'est impossible. » La fin de la mesure permettrait de récupérer une dizaine de millions par an. Un début.

Le cas d'Aubagne fait aussi couler beaucoup d'encre. La commune, intégrée à la métropole en 2016, avait conservé son réseau de bus gratuit depuis 2009, une exception héritée de l'ancien maire communiste Daniel Fontaine. Nicolas Isnard ne ferme pas la porte à une remise en question. Du côté de la majorité municipale d'Aubagne, on prépare déjà la riposte.

Les projets de tramway, eux, passent au tamis. Tout est remis à plat :

  • l'extension vers La Castellane ;
  • le prolongement jusqu'à la gare Saint-Charles ;
  • la ligne nouvelle vers la Belle de Mai.

« Des projets seront revus, voire abandonnés », a prévenu le président de la Métropole.

Hausser les impôts, l'option que personne n'assume

Face à 123 millions d'euros, couper dans les dépenses ne suffira pas. La hausse des recettes fiscales est sur la table, même si elle n'est revendiquée par personne.

Une piste circule : augmenter le versement mobilité, la taxe payée par les entreprises de plus de onze salariés pour financer les transports. Il est aujourd'hui plafonné à 2 % de la masse salariale sur le territoire métropolitain, alors qu'il atteint 3 % en Île-de-France. Chaque point supplémentaire rapporterait environ 220 millions d'euros par an.

Problème : ce relèvement nécessite un vote de l'Assemblée nationale, et le patronat local monte déjà au créneau. L'UPE 13 et la CCI AMP ont publiquement alerté sur l'impact en termes d'attractivité et d'emploi.

Autre piste, la taxe foncière métropolitaine. Une hausse d'un à deux points toucherait directement les propriétaires des 92 communes concernées. Nicolas Isnard tempère : pas question de faire payer « 50, 100 ou 200 euros de plus » aux habitants, a-t-il juré à l'antenne d'ICI Provence.

En clair, les trois leviers classiques sont tous activés, mais aucun ne sera tiré à fond :

  • coupes dans les dépenses ;
  • hausses des taxes locales ;
  • versement mobilité.

Les réactions politiques : chacun sa ligne

Dans la salle du conseil, les positions se sont vite clarifiées.

Franck Allisio, chef de file du Rassemblement national à la Métropole, a refusé toute hausse de fiscalité. Bernard Deflesselles, élu de droite de La Ciotat, l'a tancé publiquement : on ne peut pas, selon lui, refuser à la fois les recettes nouvelles et les coupes.

Frédéric Vigouroux, maire socialiste de Miramas, a appelé à « sortir de l'idéologie pour faire du pragmatique ». Une position que partage en coulisses une partie des élus de gauche, conscients que laisser couler le budget ferait tomber la Métropole sous tutelle préfectorale.

Benoît Payan, maire PS de Marseille, n'a pas caché son inquiétude sur France Bleu. La mise sous tutelle serait « un risque et un problème », a-t-il prévenu. Pour la ville, dont le budget est intriqué avec celui de la Métropole via plusieurs délégations, une préfectoralisation compliquerait toutes les décisions en cours.

La tutelle de l'État, un scénario devenu plausible

Si le vote du 28 avril échoue, la Chambre régionale des comptes sera saisie. Elle disposera de deux mois pour proposer un budget de substitution. En cas de persistance du désaccord, le préfet reprend la main. Concrètement, les décisions d'investissement sortent du champ politique local.

Le cas s'est déjà produit dans d'autres grandes intercommunalités (Toulouse en 1993, Rouen plus récemment), mais jamais sur une métropole de cette taille. Deux millions d'habitants, 92 communes, 3,5 milliards d'euros de budget annuel : le scénario inquiète jusqu'au ministère de l'Intérieur, où plusieurs conseillers ont déjà été saisis.

Nicolas Isnard joue cette carte pour obtenir de l'aide. « L'État doit aussi prendre ses responsabilités et nous accompagner, parce qu'il y a derrière nous deux millions d'habitants », a-t-il plaidé. Une délégation de maires métropolitains doit être reçue à Bercy dans la semaine.

Ce qui attend les habitants d'ici fin avril

Pour le Marseillais ou l'habitant d'Aubagne, de Salon ou d'Istres, les conséquences concrètes arriveront par vagues.

D'abord, fin avril ou début mai, la fin annoncée de la gratuité pour les jeunes et les seniors sur le réseau RTM. Un ticket unitaire à 1,90 euro, un abonnement mensuel à 24 euros : les tarifs remontent vers la grille classique.

Ensuite, à l'automne, des arbitrages sur les lignes de bus peu fréquentées et sur le calendrier des travaux du tramway. Plusieurs chantiers risquent de glisser d'un ou deux ans.

Enfin, pour les contribuables, une possible hausse de la taxe foncière métropolitaine sur les feuilles d'impôt 2027. Rien n'est acté, mais la mécanique est en place.

Le conseil du 28 avril, à Marignane, s'annonce comme l'un des plus tendus de l'histoire de l'institution. En coulisses, plusieurs maires préparent déjà des amendements. Nicolas Isnard, lui, joue ses premiers galons politiques sur un dossier dont il n'a pas choisi les termes.

Reste une certitude : les deux millions d'habitants du territoire métropolitain vont sentir passer 2026.


Sources : France Info, France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur, Made in Marseille, Destimed, Marsactu, ICI Provence.

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